Vestiaires : le handicap se remet en scène pour une 4ème saison sur France 2

C’était en 2011 : une directrice des programme de France 2, Perinne Fontaine, découvrait un programme court de six pilotes de deux minutes sur le thème du handicap intitulé « Vestiaires ».  « J’ai de suite rit énormément. Au-delà du handicap, montré de manière frontale, c’était surtout un moyen de présenter des gens talentueux à l’antenne. On regarde la prothèse de jambe une seconde et c’est fini. On parle d’amour, d’enfance, de sport… et on oublie le handicap. C’était viscéral pour moi de développer et diffuser de projet : ce programme m’a frappé au cœur » (d’après une interview accordée en 2011). Depuis, chaque année, Vestiaires est diffusé, notamment, au moment de la semaine pour l’insertion des personnes handicapées. Depuis lundi 17 novembre, une nouvelle saison est présentée sur l’antenne, en particulier, après le journal de 13h, tranche horaire de grande écoute.

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Le concept est simple mais les ressorts, sur lesquels il joue, sont pluriels. Il s’agit de l’histoire de nageurs, qui se retrouvent après leur entrainement pour discuter. A cette occasion, les thèmes abordés sont nombreux et dépassent largement le cadre du handicap. Pas de pathos, pas de charité ou de bonne conscience demandées pour ce programme qui s’amuse justement du handicap, entre autodérision et réflexion. En effet, chaque épisode présente une situation anodine, qui devient burlesque grâce aux fragilités des uns et des autres. On pense, pour exemple, à une séance de cache-cache entre une aveugle et un handicapé mental, où l’on finit par découvrir que la première gagne toujours à ce petit jeu contre le second. Chaque séquence s’achève sur une sorte de morale légère, un peu comme une fable à la manière de la Fontaine, toujours en mêlant cet humour un peu décalé et divers à un questionnement, un débat offert au téléspectateur.

Cette série médiatise aussi le sport adapté, outre le fait qu’elle casse les stéréotypes du handicapé en fauteuil roulant, en proie à la tristesse, qui n’a pas de vie sociale, et n’a pas accès au loisir ou même tout simplement au plaisir. En présentant des vestiaires de natation, c’est aussi l’image du corps qui est déstigmatisée grâce à des acteurs sans complexes qui assument leur propre image. Enfin, dans les vestiaires, on est dans le monde de la confidence et du confidentiel. Une mise en abîme savamment pensée pour envoyer un message : au lieu de juger au premier abord et rester sur des stéréotypes, la population classique devrait s’ouvrir au monde du handicap, approcher l’intimité d’une catégorie associée à tort aux notions d’exclusion voire de marginalité.

En un sens, tout le programme de la Charte pour l’accessibilité universelle semble résumé dans ces épisodes qui font parfois aussi appels à des « guests », comme Elise Lucet en 2013. Un programme militant et amusant à regarder sans modération.