Donatien Rousseau : « Montrer un regard apaisé sur l’autisme »

Le travail photographique réalisé par Donatien Rousseau au sein de l’IME Lostanges est internationalement reconnu et primé. Son travail avait déjà été souligné dans les articles suivants :

Livret « L’autisme, une autre musique de l’âme »

Exposition photographique « L’autisme, une autre musique de l’âme » au Conseil Général du Tarn

Un lien également vers l’article sur le site de « L’oeil de la photographie » :

Donatien Rousseau « L’autisme, une autre musique de l’âme » dans l’oeil de la photographie

 

Capucine, 10 ans, fixe l’appareil photo et monte seule les escaliers/Photo Donatien Rousseau.

Publié le 05/06/2017 par La Dépêche du Midi :

 » Deux ans après avoir réalisé un dossier photographique sur l’autisme au centre IME de Lostanges, le photographe Donatien Rousseau a eu la bonne surprise de voir son travail publié sur le site influent « L’Œil de la photographie ».
Le photographe tarnais Donatien Rousseau, 62 ans, a vu son travail sur l’autisme, réalisé il y a deux ans au centre IME (1) de Lostanges, publié sur le site influent « L’Œil de la photographie ». C’est dans ce contexte qu’il a accepté de répondre à nos questions.

Comment êtes-vous venu à réaliser un dossier photographique sur l’autisme ?
Je travaillais à l’époque encore au conseil départemental et l’on m’avait confié une mission photographique sur le thème du social. Je me suis donc retrouvé, pas loin de Castres, au centre IME de Lostanges. J’ai été formidablement bien accueilli par les éducateurs et le directeur.

Comment s’est déroulé le reportage ?
Je suis resté une semaine avec eux. Je faisais des activités, je mangeais avec eux, mais surtout je n’ai sorti l’appareil photo qu’au bout du troisième jour. Je ne voulais pas qu’ils se sentent agressés, et j’ai eu le sentiment qu’il fallait d’abord développer une certaine complicité avec eux. Pourtant, il y a aussi eu des moments plus difficiles. Il faut y être préparé, et fonctionner au feeling. Être attentif au moindre détail.

Cette complicité, on la remarque surtout avec la petite Capucine (présente sur la photo)
Oui. Elle m’a vraiment touché. C’est elle que j’ai vu la première fois lorsque je suis arrivé au centre. Elle n’avait pas répondu à mon « bonjour », et pourtant, lorsque je suis revenu deux mois plus tard, elle se souvenait de mon prénom qu’elle avait entendu.

L’affect a joué un rôle prépondérant à vous écouter.
Oui, c’est sûr. Surtout avec des enfants. C’est la première fois que je me suis posé la question de comment l’acte photographique pouvait être ressenti par l’autre. C’est une approche complètement différente.

Vous avez réalisé ce travail il y a 2 ans et il vient d’être relayé par le site « L’Œil de la photographie » qui a une résonance mondiale, qu’est-ce que ça représente pour vous ?
Ça m’a fait forcément très plaisir et je suis surtout content de montrer mon expérience avec ces enfants au plus grand nombre (plus de 140 000 abonnés N.D.L.R.) et que les gens puissent avoir une approche différente de l’autisme.

Parlez-nous de votre ressenti à propos de la solitude de ces enfants ?
C’est exactement cela. La solitude de ces enfants est présente. Je l’ai ressentie tout de suite. Pourtant, les éducateurs essayent de les regrouper, mais ils s’occupent souvent tout seul. L’apaisement était aussi un point important que je voulais montrer, l’idée de transmettre une vision différente de l’autisme dans un cadre agréable pour un sujet qui reste très complexe et pas facile.

Avec le recul que vous avez désormais, quel regard portez-vous sur l’autisme ?
Ce que je sais, c’est que cela m’a fait beaucoup réfléchir. J’ai appelé mon reportage « une autre musique de l’art », car pour moi l’autisme touche des individus qui ont une part de mystère pas encore véritablement résolu. Je crois qu’un rapport humain très fort est nécessaire pour qu’ils se sentent en confiance. L’autisme doit devenir véritablement une cause nationale.

Si vous deviez retenir un moment ?
C’est dur… Je pense que c’est la photo que vous avez choisie avec Capucine. Cette main tendue, qu’elle préfère refuser comme pour montrer son autonomie devant l’appareil photo, résume parfaitement ce que j’ai essayé de montrer. Un regard apaisé sur l’autisme.

(1) Institut médico-éducatif.

Une vie dédiée à la photographie

Donatien Rousseau et la photographie, une histoire d’amour et d’art qui dure depuis plus de quarante ans. C’est en cours d’histoire des arts qu’il découvre la photo et cette passion va le suivre toute sa vie. Le Lyonnais de naissance mais Albigeois de cœur débute ensuite une carrière de photographe et travaille durant trente ans comme responsable photo du conseil départemental. Également professeur en histoire des arts dans un établissement albigeois et chroniqueur dans un journal hebdomadaire du Tarn, il avoue lui-même ne pas pouvoir lâcher bien longtemps son appareil. Une passion de toute une vie, pour le plus grand plaisir des amateurs de photos. »

Recueilli par Paul Arnould