PLAYTIME à la Planésie …

PLAYTIME A LA PLANESIE AVEC ESTELLE VERNAY ARTISTE PLASTICIENNE EN RESIDENCE DE CREATION

Quelques mots pour vous parler du dispositif Culture Handicap et Dépendances, que nous développons au sein de l’APAJH du Tarn Sud depuis 2012. Dispositif conventionné par la DRAC et l’ARS.

Ces projets nous permettent d’accueillir en résidence de création des artistes plasticiens sur une période de 7 semaines en moyenne. Notre partenaire culturel est l’AFIAC (Association Fiacoise d ‘Initiatives Artistiques Contemporaines) représentée ici par son directeur Patrick TARRES.

Nous faisons le pari de la présence artistique avec la possibilité pour chacun d’avoir accès aux œuvres, à la création et aux pratiques artistiques. La présence de l’art est un partage, celui d’une culture commune et du sensible. Les résidences sont des temps de dialogues, d’échanges, de retour à soi également, un lien social. La parole circule entre les spectateurs actifs et acteurs. La résidence est un lieu tiers, une utopie, une hétérotopie au sein de l’établissement médico-social. Un espace de liberté est créé dont l’éthique est d’exclure toute volonté pour l’autre. Chacun est à son affaire de regard, de sujet, une affaire toujours singulière. La rencontre avec l’artiste, son œuvre, son processus de création est pour chacun propre à ses valeurs, ses choix artistiques mais jamais sans nous rappeler notre appartenance à la communauté humaine. Parenthèses dans le cycle de la vie institutionnelle, dans ses rouages, ses habitudes, les résidences sont des aventures humaines qui mobilisent deux mondes à priori éloignés, le public dit empêché et le monde artistique.

Dans les faits ils se rejoignent sur le plan des valeurs et des utopies. D’autres normes s’envisagent dans cette temporalité nouvelle qu’installe la présence de l’artiste.

Accueillir un artiste en résidence dans un établissement médico-social représente un engagement réciproque.  Les artistes nous invitent, personnels et résidents, à regarder et à penser. Ce n’est pas une proposition de divertissement ou de loisir à laquelle nous convoque en quelque sorte l’art, mais à une rencontre nouvelle et parfois sérieuse. Les questions humaines traversent les œuvres qui sont comme des miroirs.

Je parlerai ainsi d’une mise au travail pour l’artiste bien entendu et pour les résidents enfants ou adultes, les personnels. « CA COGITE ». Le mouvement de pensée s’actionne et le plaisir qui l’accompagne. La Cosa Mentale.

L’appropriation des œuvres et l’émancipation des sujets, des regardeurs est une réalité pour moi. La place de l’artiste dans l’institution, à part, comme un plus-un qui interroge, qui déstabilise avec les images, la fabrication de l’art à côté de soi, le retour aux choses, ne demande rien au sujet. Les œuvres ne demandent rien en général, elles sont silencieuses. Et cette particularité produit en chacun de nous un effet qui nous échappe et qui échappe à l’autre. Les résidents ne sont plus alors dans un rapport de hiérarchie ou de dissymétrie avec les éducateurs. Une demande de faire, de bien faire n’est plus dans l’ordre des échanges, des choses. C’est un regard sur le monde, personnel, unique qui les relie. L’art fait tomber les barrières. Ces moments porteurs fragilisent également. Les rapports humains avec la tendance à mettre l’autre en place d’objet, dévient de leurs trajectoires habituelles, s’exercent autrement. L’œuvre, le processus artistique, redéfinit en quelque sorte les places, ouvre des espaces et des possibles non prédéfinis. Ce n’est pas un modèle idéal que je décris ici. L’inquiétude voire l’angoisse sont intégrées dans cette rencontre qui recèle une part inconnue de nous-mêmes et qui nous fonde !

La présence d’un artiste, de la création, provoquent aussi l’appétence, le désir de connaissances, le désir tout court qui n’attend pas de réponse mais propulse, dynamise. Une résidence est une somme d’énergie issue d’une multiplicité de désirs, de potentiel à la rêverie, à l’invention, à la projection. L’artiste opère un déplacement. La relation au sensible génère des zones blanches, des vides, du réel.

Finalité et inutilité de l’art et pourtant une nécessité pour humaniser le malaise de nos civilisations.

Pour ne pas conclure et vous inviter à découvrir l’exposition PLAYTIME, littéralement le temps du jeu, d’Estelle VERNAY accueillie en résidence au Foyer de Vie La Planésié depuis Septembre, je souhaiterai citer Marcel DUCHAMP. Quel rapport me direz-vous ?

Il y en aurait deux : la présence de l’art contemporain incarné par l’installation permanente, une sculpture minimaliste, un échiquier, la première œuvre pérenne d’Estelle VERNAY et le jeu, PLAYTIME, le temps du jeu.

DUCHAMP disait : « dans les échecs, l’aspect visuel se transforme toujours en matière grise, et le même phénomène devrait se produire dans le domaine de l’art ». DUCHAMP avec l’avènement de l’art contemporain, éloigne l’amateur d’art des sentiers battus de la jouissance rétinienne :

« Je crois qu’il y a une différence entre une peinture qui ne s’adresse d’abord qu’à la rétine …, et une peinture qui va au-delà de la rétine, et se sert du tube de peinture comme tremplin pour aller plus loin ».

Je cite encore : « Si tous les artistes ne sont pas des joueurs d’échecs, tous les joueurs d’échecs sont des artistes ».

Sarah TROCHE dans son article « Marcel DUCHAMP et les échecs : « tous les joueurs d’échecs sont des artistes » nous fait toucher du doigt « cet espace infra-mince où les oppositions habituelles s’annulent et reconfigurent autrement les catégories du jeu, de l’art et de la vie ».

L’échiquier d’Estelle VERNAY nous rappelle ce mouvement cérébral célébré par l’auteur du ready-made. Tout comme la poésie qui s’en dégage dans son ouverture sur l’horizon de la Montagne Noire.

PLAYTIME, une variation sur l’art, le jeu et la vie.

Merci Estelle pour ce don !

Isabelle VASILIC référente des projets Culture Handicap APAJH Tarn Sud